Pourquoi la ruche Warré ?
J’ai commencé l’apiculture avec des Dadant 10 cadres classique, corps, hausse. Les ruchettes étaient indispensables pour une bonne pratique apicole. Je partitionnais les colonies pour adapter le volume à la force de chacune.
En 2006, je suis parti en Nouvelle-Zélande, puis en 2007, 2008 et 2009 en Australie. Ces 2 pays travaillent majoritairement avec de la ruche Langstroth, comme le monde entier d’ailleurs (USA, Canada, Amérique du Sud...). La Langstroth est une ruche divisible. Tous les éléments sont les mêmes, corps, hausse et ruchettes, il suffit d’ajouter ou enlever des éléments. Et surtout il n’y a qu’un seul type de cadres. La production d’essaims étaient ainsi facilitée par remontée de cadre de couvains, sans chercher la reine ; les provisions étaient aussi faciles à trouver car prises dans les « hausses » des ruches fortes.
La Langstroth a un inconvénient majeur, le poids des corps plein de miel qui peuvent atteindre 35 kg. Elles sont bien adaptées à de fortes miellées et à de grosses populations. Je cherchais donc une ruche divisible, dont les corps de miel ne dépassent pas les 20kg pour une manipulation plus aisée. Ainsi que des volumes de corps plus petit et adaptés à nos conditions de climat de montagnes sans grandes cultures.
J’ai trouvé la ruche Warré mise au point par l’abbé Warré pendant la seconde guerre mondiale, période à laquelle tout manquait. Il cherche alors une ruche facile à fabriquer et à conduire et se rapprochant le plus de l’habitat naturel des abeilles qui est le tronc d’arbre creux. Il l’utilisait avec des barrettes pour réduire les coûts : pas de cadres, ni cire gaufrée, les rayons de miel étaient broyés pour la récolte.
Cette ruche Warré satisfait alors bon nombre d’apiculteurs pour un complément de revenu, de miel pour la famille sans passer de temps pour la gestion des ruches. Les éléments étaient placés par le bas sur le plancher, la grappe d’abeilles descendait pour se développer dès que les miellées débutaient. En fin de saison, le miel se situant toujours au-dessus de la colonie, l’apiculteur revenait récupérer les corps plein de miel tout en laissant assez de provisions pour l’hiver. Pour multiplier les ruches, ils divisaient au printemps sans recherche de reines, la partie orpheline fournissaient une nouvelle reine. Les essaims naturels provenant de colonies sauvages abondaient, ils étaient enruchés et augmentaient ainsi le cheptel.
Dans les années 80, un apiculteur des Hautes-Alpes du nom de Marc GATINEAU, a cherché à remplacer les barrettes par des cadres pour faciliter les manipulations lors des inspections, l’élevage de reines et rendu possible l’extraction à la force centrifuge, qui permet de réutiliser les bâtisses (grosse économie de cire, donc de miel, nécessaire à la production de cire par les abeilles cirières). La grille à reine a également été démocratisée en apiculture séparant ainsi les corps de couvain et les corps de miel. Marc GATINEAU a écrit un livre « L’apiculture, telle que je l’aime et la pratique ». Ce livre a suscité un engouement pour la Warré, plus adaptée aux abeilles, facile à conduire et facile à construire, à un moment où le varroa, les pesticides et l'hybridation commençait à faire reculer l'apiculture.
A la lecture de ce livre, je construisais mes 300 premiers corps, 100 planchers et 100 nourrisseurs. J’ai peuplé les premières Warré en 2009 avec des essaims naturels puis je les ai divisé. La ruche étant « chaude » de par son petit volume, les divisions se passent bien. J’ai ainsi réussi à peupler 100 ruches en une saison, prêtes à hiverner. L’hivernage sur un corps se passe très bien en ajoutant du candi. Le printemps suivant, je conduisais les Warré sans grille à reine ou au-dessus du 2ème élément, 2 éléments équivalent au volume de 8 cadres de corps Dadant.
Les colonies se sont bien développer, trop bien même : j’ai fait face à une fièvre d’essaimage généralisée, le printemps toujours capricieux oblige à mettre du sirop pour compenser l’absence d’entrée de nectar et les colonies se développent vite. Les divisions étaient faciles avec les grosses colonies mais il fallait penser à produire du miel donc limiter les divisions. J’avais appelé Marc Gatineau pour lui faire part de mes craintes sur l’essaimage. Il m’avait répondu que cela était liée au races hybridées qui se développent plus vite, au printemps toujours plus précoces et au nourrissement pour compenser les périodes de disettes qui généraient l’essaimage… ce qui ne m’a pas vraiment apporté de solutions.
J’ai donc réfléchi à la conduite que mon ancien patron australien avait, eux qui produisaient 80 à 100 kg par ruche avec des Langstroth 8 cadres et la grille à reine sur le premier corps. J’ai donc appliqué cette méthode à mes Warré : limiter l’espace du couvain à un seul élément. Et c’est ce la manière dont je les conduis toujours aujourd’hui.
Avantages de la Warré :
- Ruche divisible = 1 seule modèle de cadres et corps pour toutes les utilisations (miel, essaims, nucléis, etc.)
- Volume plus petit grâce à la conduite des ruches avec grille à reine sur le premier corps, ce qui semble, de mon expérience, optimiser le bien-être des abeilles (thermorégulation, sanitaire) et la performance des colonies dans un environnement pas toujours simple pour les abeilles (zone de montagne).
- Rapidité de visite et pour les différentes opérations grâce à la taille des cadres (1 cadre Warré ~ éq. 1/2 cadre Dadant)
- Ergonomie pour l’apiculteur et les salariés : poids moindre des corps de miel à la récolte (division de la récolte en plusieurs éléments plus légers donc moins de risques de blessures et de fatigue)
- Facilité de division (confection d’essaims) et d’élevage de reines (petit volume, meilleur chauffe, modèle de cadre unique)
- Démarrage plus explosif (effet cocotte minute)
- Petites miellées possibles (bruyère blanche)
- Facilité pour construction naturelle (mâles, miel en rayon)
Inconvénients de la Warré :
- Difficulté de transhumance sans palettisation (car on a rapidement des « tours » de ruches)
- Démarrage explosif à canaliser au printemps
- Hauteur de la ruche en cas de grosses miellées
- Nécessite un matériel d’extraction adapté au modèle, plus rare chez les fournisseurs de matériel, et donc parfois plus coûteux.


